La presse canadienne accuse Anthropic d'avoir contourné ses accès payants pour nourrir l'IA Claude
Postmedia, le Globe and Mail, Torstar et La Presse canadienne ont saisi un tribunal de l'Ontario. Ce qu'ils reprochent à l'éditeur de Claude, ce qu'ils réclament et ce qui reste à prouver.

La plainte a été déposée le 6 octobre devant la Cour supérieure de l'Ontario, mais elle n'a été révélée que plus tard par le site spécialisé CARTT.ca, puis reprise par La Presse canadienne le 19 octobre. Les plaignants représentent l'essentiel de la presse écrite canadienne : Postmedia, Torstar (Toronto Star, Metroland), The Globe and Mail, PNI Maritimes et La Presse canadienne. En face, Anthropic, l'éditeur de l'IA Claude, et sa filiale canadienne.
Le reproche principal : Anthropic aurait copié, sans licence ni paiement, des millions d'articles pour entraîner et faire fonctionner ses modèles. Aucune de ces accusations n'a été examinée par un juge. Anthropic n'avait pas répondu aux sollicitations des journalistes et n'a pas encore déposé de défense.
Des robots qui auraient franchi les murs payants
La plainte ne s'arrête pas au droit d'auteur. Selon le résumé publié par Broadcast Dialogue, les éditeurs accusent les robots d'Anthropic, dont « ClaudeBot », d'avoir contourné leurs accès payants et leurs mesures techniques de protection, et d'avoir ignoré les conditions d'utilisation qui limitent la lecture à un usage personnel. Ils ajoutent, selon La Presse canadienne, que la copie se poursuit au fil de l'eau, y compris quand Claude va chercher des articles pour répondre à un utilisateur.
Les éditeurs avancent des volumes considérables : environ 4,2 millions d'œuvres pour La Presse canadienne depuis 2021, 3,5 millions pour Postmedia et PNI Maritimes, autant pour Torstar et 2,3 millions pour le Globe and Mail. Ils rappellent aussi qu'Anthropic a déjà réglé pour 1,5 milliard de dollars, aux États-Unis, une affaire de livres piratés. Selon eux, contrairement à OpenAI, Anthropic n'a signé aucun accord public de licence avec un grand éditeur de presse.
Ce que réclament les journaux
Les plaignants demandent des dommages et intérêts pour violation du droit d'auteur, rupture de contrat et enrichissement sans cause, la restitution des profits tirés de leurs contenus, ou à défaut les dommages prévus par la loi, jusqu'à 20 000 dollars par œuvre. Ils réclament aussi des dommages punitifs et une interdiction permanente d'utiliser leurs articles sans accord écrit.
Le précédent est connu : les mêmes éditeurs, avec CBC/Radio-Canada, poursuivent OpenAI depuis 2024, et l'affaire n'est toujours pas réglée. La nouvelle plainte arrive alors qu'Anthropic prépare son introduction en Bourse, alors que la presse lui prête des chiffres d'affaires spectaculaires.
Et en Europe ?
La question de l'utilisation des contenus pour entraîner les IA se pose bien au-delà du Canada, comme l'a montré le changement de conditions de Meta pour les annonceurs. Pour un éditeur de site, l'affaire est un rappel pratique : le fichier robots.txt permet de refuser les robots d'IA déclarés, mais ne bloque rien techniquement ; la plainte canadienne reproche d'ailleurs à Anthropic d'avoir contourné des protections plus fortes, les accès payants et les authentifications.
Selon les règles de l'Ontario, un défendeur dispose de 20 jours pour répondre s'il reçoit la plainte en Ontario, de 40 jours ailleurs au Canada ou aux États-Unis, et de 60 jours au-delà. Sa défense dira si l'entreprise conteste les faits eux-mêmes, ou seulement leur qualification juridique.
Méthode : veille assistée par intelligence artificielle, sources vérifiées, article relu et validé par Frédéric LENQUETTE. Notre charte éditoriale.
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