Neuf adolescents sur dix qui utilisent l'IA estiment y passer trop de temps, selon YouGov
Une enquête menée en France pour le think tank Interface montre que les parents sous-estiment l'usage des plus jeunes. Ce sont les compagnons virtuels qui retiennent le plus les adolescents.

Ils ont entre 11 et 17 ans, et 92 % de ceux qui utilisent l'IA générative disent y passer plus de temps qu'ils ne le voudraient, sur au moins un outil. Le chiffre vient d'une enquête YouGov commandée par Interface, un think tank européen spécialisé dans les politiques numériques, et publiée le 22 octobre.
Le sondage a été réalisé en ligne, en France, du 24 au 30 juin 2026. YouGov a interrogé 1 138 parents d'enfants de 11 à 17 ans et 970 adolescents de cette tranche d'âge, avec l'accord de leurs parents. L'étude, signée par la chercheuse Jessica Galissaire, distingue quatre familles d'outils : les assistants généralistes comme ChatGPT, les assistants vocaux, les IA intégrées aux réseaux sociaux et les « compagnons », ces IA conçues pour converser comme un ami.
Les compagnons virtuels, ceux qui retiennent le plus
Les assistants généralistes dominent : 78 % des adolescents disent les utiliser, devant les assistants vocaux (55 %), les IA des réseaux sociaux (50 %) et les compagnons (32 %). L'ordre s'inverse dès qu'il s'agit du temps passé. Parmi leurs utilisateurs, 59 % estiment trop utiliser les compagnons et 57 % les IA des réseaux sociaux, contre 45 % pour les assistants généralistes et 43 % pour les assistants vocaux.
Les adolescents y trouvent pourtant leur compte : 89 % de ceux qui connaissent ces outils y voient au moins un aspect positif, et 47 % disent qu'ils leur font gagner du temps. Selon Next, qui a consulté l'enquête, seuls 17 % pensent que l'IA les empêche de réfléchir par eux-mêmes.
Les plus jeunes, ceux que les parents voient le moins
L'usage commence tôt. Chez les 11-12 ans, 56 % utilisent au moins un outil d'IA chaque semaine, et l'usage régulier atteint 70 % chez les 16-17 ans. C'est chez les plus jeunes que les parents se trompent le plus : 26 % pensent que leur enfant de 11-12 ans utilise chaque semaine un assistant généraliste, alors que 40 % des enfants le déclarent.
Un autre chiffre interroge : 14 % des utilisateurs de 11-12 ans se servent de l'IA pour se confier, contre 6 % chez les 13-15 ans. L'étude relève aussi que 50 % des utilisateurs réguliers de compagnons ressentent des émotions négatives chaque semaine, contre 38 % de l'ensemble des adolescents. L'autrice prévient que ces données ne montrent pas que l'IA cause ce mal-être.
Des parents qui se sentent peu épaulés
Côté parents, 76 % voient des bénéfices, en premier lieu l'approfondissement des connaissances (32 %), et 58 % des risques, d'abord une atteinte à la réflexion autonome (27 %). Parmi ceux dont l'enfant utilise l'IA, 44 % disent ne pas être à l'aise. Enfin, 42 % ne se sentent pas du tout accompagnés. Ils attendent de l'aide de l'école (51 %), des fournisseurs d'IA (41 %) et des pouvoirs publics (30 %).
Pour les familles, ces chiffres invitent à quelques réflexes simples :
- demander à l'enfant quels outils il utilise, y compris les IA intégrées aux réseaux sociaux, que les parents repèrent moins ;
- porter une attention particulière aux applications de compagnon, celles où les adolescents disent passer le plus de temps ;
- ne pas supposer que les plus jeunes en sont tenus à l'écart.
Interface ne formule pas de propositions de loi. Le think tank plaide pour mieux informer les familles et pour un contrôle plus strict des systèmes conçus pour retenir l'attention longtemps ou créer un attachement émotionnel. Le sujet est déjà devant les tribunaux aux États-Unis, où huit États accusent OpenAI d'avoir minimisé des risques pour les mineurs. Reste à savoir qui, en Europe, se chargera de répondre aux 42 % de parents qui se sentent seuls face à ces outils.
Méthode : veille assistée par intelligence artificielle, sources vérifiées, article relu et validé par Frédéric LENQUETTE. Notre charte éditoriale.
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