Clients SAP en France : 80 % des répondants n'ont encore rien fait en IA, les agents attendront
L'association des utilisateurs d'Oracle dit ne connaître aucun déploiement d'agents d'IA à grande échelle, et côté SAP, 80 % des répondants n'ont encore rien fait en IA. Ce qui bloque les grands groupes, et ce qu'ils font à la place.

« Je ne connais pas de projet à grande échelle déployé. Il y a des tentatives. » Ce constat ne vient pas d'un sceptique de l'IA. Il vient d'Emmanuel Ruez, co-président de l'AUFO, l'association des utilisateurs français d'Oracle, interrogé par LeMagIT dans un article publié le 16 octobre.
Les éditeurs de progiciels de gestion promettent pourtant depuis des mois des agents d'IA capables d'automatiser des processus entiers. Mais les deux grandes associations de clients décrivent la même réalité en France : l'IA dite « agentique » reste au stade du prototype. C'est vrai côté Oracle comme côté SAP.
Des prototypes, mais pas de passage à l'échelle
L'AUFO réunit environ 1 000 membres issus de 150 entreprises. Selon ses co-présidents, les grands groupes prototypent, parfois de façon avancée, mais peinent à passer à l'échelle. Les entreprises de taille intermédiaire, elles, découvrent tout juste le sujet. Il ne s'agit pas d'une étude chiffrée : ce sont les retours des membres, rapportés par leurs représentants.
Ce qui existe ressemble rarement aux agents autonomes des démonstrations. « Ce n'est pas totalement de l'agentique, c'est de l'IA générative connectée avec du tooling et des serveurs MCP », explique Yohann Garcia, l'autre co-président. MCP (Model Context Protocol) est un protocole qui permet à un modèle d'IA d'appeler des outils et des sources de données. Les agents sont semi-autonomes, réservés à des tâches précises. Le plus souvent, un humain garde la main sur chaque étape ou supervise l'ensemble.
Côté SAP, le chiffre est encore plus net
L'USF, l'association des utilisateurs français de SAP, a interrogé 276 de ses membres, issus de 154 entreprises, soit environ un tiers des adhérents. Selon LeMagIT, 80 % des répondants déclarent n'avoir rien fait en matière d'IA. Leur priorité est ailleurs : la migration de l'ancien progiciel SAP ECC vers S/4HANA, un chantier lourd qui mobilise les équipes.
Chez SAP, le ton est différent. Olivier Nollent, directeur de SAP France, estime que l'on passe « de la promesse à la réalité ». Il espère présenter l'an prochain des clients qui auront déployé ces agents à grande échelle. Comme le souligne LeMagIT, cela revient à dire que ces solutions ne sont pas encore achetées, et donc pas encore déployées.
Les freins cités par les entreprises
Si vous hésitez à lancer un projet d'agents, les questions encore ouvertes relevées par LeMagIT font une bonne liste de contrôle :
- Autonomie et sécurité : jusqu'où laisser un agent agir seul dans un système qui gère commandes, paie ou comptabilité ?
- Droits d'accès : un agent hérite des permissions qu'on lui donne.
- Gouvernance et conformité : qui répond d'une décision prise par un agent ?
- Explicabilité : pouvoir reconstituer pourquoi l'agent a agi.
- Coût : la consommation de jetons (tokens) grimpe vite quand les agents enchaînent les appels.
Un biais doit être gardé en tête, relevé par Yohann Garcia lui-même : les entreprises partagent plus volontiers leurs succès que leurs échecs. Des projets abandonnés existent sans doute, sans être rendus publics. La question est maintenant de savoir si les clients mis en avant par SAP l'an prochain seront assez nombreux pour changer le tableau.
Méthode : veille assistée par intelligence artificielle, sources vérifiées, article relu et validé par Frédéric LENQUETTE.
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