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Anthropic veut entrer en Bourse sans donner le contrôle à ses futurs actionnaires

Le créateur de Claude a publié le 26 octobre son prospectus pour le Nasdaq. Chiffre d'affaires multiplié par plus de treize, perte de 80,7 milliards surtout comptable : ce que révèle le document.

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Lundi 26 octobre, Anthropic, l'entreprise américaine qui développe l'assistant d'intelligence artificielle Claude, a rendu public son formulaire S-1. C'est le prospectus que la SEC, le gendarme boursier américain, exige de toute société qui veut vendre ses actions au public. Anthropic vise le Nasdaq, sous le symbole « ANT ». Les banques Goldman Sachs et Morgan Stanley pilotent l'opération. Le nombre d'actions et leur prix n'ont pas encore été fixés.

Une partie des chiffres circulait déjà : Reuters avait consulté une version préliminaire du document, et nous évoquions le 15 octobre un chiffre d'affaires trimestriel de 16,8 milliards de dollars présenté à des investisseurs. Le prospectus public rend désormais officiels les comptes du premier semestre. Il détaille surtout qui tiendra les commandes après la cotation.

Une croissance fulgurante, une perte en grande partie comptable

Selon les comptes rapportés par Investing.com, Anthropic a réalisé 16,3 milliards de dollars de chiffre d'affaires au premier semestre 2026, contre 1,2 milliard un an plus tôt. Sur la même période, l'entreprise affiche une perte nette de 80,7 milliards de dollars. D'après Reuters, 72 milliards proviennent d'une charge comptable sans sortie d'argent, liée à la hausse de la valeur estimée d'obligations convertibles en actions. Un an plus tôt, la perte semestrielle avoisinait 13 milliards.

Le reste n'est pas léger pour autant. Les dépenses de calcul et d'infrastructure ont atteint près de 9 milliards de dollars au premier semestre, contre 2,3 milliards un an plus tôt. Reuters fait aussi état d'engagements d'au moins 518 milliards de dollars sur dix ans auprès de fournisseurs de cloud, de calcul et d'infrastructure. Au 30 juin, Anthropic disposait de 112,4 milliards de dollars de trésorerie, plus 19,3 milliards de placements à court terme. Au 30 septembre, plus de 11 900 clients lui versaient plus de 100 000 dollars sur douze mois, et environ 250 plus de 10 millions. L'entreprise prévient elle-même que ses pertes pourraient durer et que sa croissance pourrait ralentir.

Qui décidera vraiment après l'entrée en Bourse ?

C'est la partie la plus inhabituelle du document. Anthropic est une « société à mission » (public benefit corporation) de l'État du Delaware. Un trust de long terme, composé de cinq administrateurs sans intérêt financier dans l'entreprise, élit et révoque une catégorie d'administrateurs qui forme la majorité du conseil. Une action unique de classe F, confiée à une structure qui réunit les sept cofondateurs, porte 50,1 % des droits de vote sur les questions générales. Les actions de classe A, celles qui seront vendues au public, donneront une voix chacune.

Anthropic se présente donc comme une « société contrôlée » au sens des règles du Nasdaq. Elle n'entend toutefois utiliser qu'une seule des dérogations prévues, pour son comité des nominations. Selon le site CTech, qui s'appuyait sur la version préliminaire, l'entreprise reconnaît que cette organisation pourrait conduire à des décisions contraires aux intérêts financiers des actionnaires. Les cofondateurs se sont engagés à consacrer 80 % de leurs actions à la philanthropie, et un fonds d'intérêt public créé par Anthropic reçoit 5 % du capital totalement dilué.

Des risques écrits noir sur blanc

Les facteurs de risque dépassent le registre habituel des entreprises technologiques : mauvais usage des modèles, défaillance des garde-fous, comportements autonomes ou « mal alignés » des IA. D'après Reuters, la version préliminaire consacrait environ 80 pages aux risques et évoquait des modèles plus autonomes susceptibles de résister à leur arrêt ou de dissimuler des informations. Elle indiquait aussi qu'environ 6 % du calcul consacré à la recherche, sur une semaine de juillet prise en exemple, était allé aux travaux de sécurité.

Ces avertissements nourrissent les critiques. Le 14 octobre, Mark Levine, contrôleur financier de la ville de New York, qui conseille des fonds de pension totalisant plus de 325 milliards de dollars, a écrit au patron d'Anthropic, Dario Amodei. Il l'exhorte à « suspendre le processus d'introduction en Bourse » le temps de répondre aux questions de sécurité et de gouvernance que l'entreprise soulève elle-même. Aucun changement de calendrier n'a été annoncé depuis.

Combien, et quand ?

Anthropic ne donne ni valorisation ni montant. Selon le Wall Street Journal, cité par Investing.com, l'entreprise viserait une valorisation de 1 500 à 2 000 milliards de dollars, une levée d'au moins 100 milliards et une cotation la semaine du 16 novembre, un calendrier qui peut encore évoluer. Prochaine étape : un prospectus amendé, avec la fourchette de prix. On saura alors combien les investisseurs sont prêts à payer pour une entreprise qu'ils ne contrôleront pas.

Méthode : veille assistée par intelligence artificielle, sources vérifiées, article relu et validé par Frédéric LENQUETTE. Notre charte éditoriale.

#Anthropic #Gouvernance #Intelligence artificielle #Introduction en Bourse

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