Quantinuum bat un record de fiabilité quantique, mais sa machine reste trop lente pour menacer RSA
Sur l'ordinateur Helios, un qubit protégé ne se trompe plus qu'environ cinq fois par million de cycles. Pourquoi ce progrès réel ne rapproche pas la menace sur le chiffrement actuel.

Trois erreurs en 29 000 essais. C'est tout ce qu'a commis le qubit logique le mieux protégé de Quantinuum lors d'une série de tests, sur 20 cycles de correction chacun. Le 19 octobre, le constructeur américano-britannique a présenté ce résultat comme « la mémoire quantique la plus robuste jamais enregistrée ». Il s'appuie sur un préprint mis en ligne le 16 octobre sur arXiv. Ce texte n'a pas encore été relu par des pairs.
La question qui intéresse les responsables de la sécurité est simple : faut-il accélérer la migration post-quantique ? La réponse tient dans un autre chiffre, que l'annonce met moins en avant : la durée d'un cycle.
Ce que Quantinuum a vraiment mesuré
Un qubit physique se trompe souvent. Pour obtenir un qubit fiable, dit « logique », on en combine plusieurs avec un code correcteur d'erreurs. Sur Helios, sa machine de 98 qubits à ions piégés, Quantinuum a testé trois tailles de code, de 13, 37 et 73 qubits physiques. Avec la plus grande, l'erreur tombe à environ 5 sur un million par cycle de correction, soit une fidélité de 99,9995 %. Chaque fois que le code grandit, l'erreur est divisée par environ 12 en moyenne, selon le préprint.
Quantinuum affirme que c'est dix fois mieux que son propre record de septembre, et plus de cent fois mieux que le meilleur résultat publié sur des puces supraconductrices, celui de Google en 2024. Le constructeur en tire une projection, pas une mesure : il faudrait environ 30 000 qubits physiques pour obtenir 100 qubits logiques très fiables sur son architecture, contre environ 900 000 sur une puce supraconductrice.
Un cycle 200 000 fois plus long que chez Google
Tout cela s'est fait très lentement. D'après l'analyse du site spécialisé PostQuantum.com, qui s'appuie sur une figure du préprint, un cycle de correction prend environ 200 millisecondes sur Helios. Craig Gidney, chercheur chez Google Quantum AI, a d'abord écrit 20 millisecondes, un rythme qu'il jugeait déjà « brutally slow » (« d'une lenteur brutale »), avant de corriger à 200. La puce Willow de Google boucle un cycle en 1,1 microseconde, soit environ 200 000 fois plus vite. Helios fait moins d'erreurs par cycle, Willow beaucoup plus de cycles par seconde.
Pour le chiffrement, c'est le second point qui compte. Casser une clé RSA de 2 048 bits demande des milliards d'opérations. L'auteur de PostQuantum.com a appliqué la durée de cycle d'Helios au plan d'attaque publié par Gidney en 2025. Il obtient environ 2 700 ans de calcul. C'est une extrapolation personnelle et grossière, puisque ce plan supposait un autre type de code. Sa conclusion : ce résultat ne rapproche pas, à lui seul, le jour où RSA tombera. Quantinuum, de son côté, ne revendique rien en matière de cryptographie. Selon PostQuantum.com, Gidney résume ce qui manque au matériel : plus de qubits et plus de vitesse.
Ce que cela change pour votre feuille de route
Rien dans l'immédiat, et c'est une bonne nouvelle. Les échéances européennes (2030 pour les systèmes sensibles, 2035 pour le reste) ne dépendent pas d'une annonce isolée. Elles reposent sur le risque « collecter maintenant, déchiffrer plus tard » : des données chiffrées aujourd'hui peuvent être stockées puis déchiffrées dans dix ou quinze ans. Comme après les progrès de Google sur le calcul quantique, il faut suivre deux courbes à la fois : la fiabilité et la vitesse.
La prochaine étape est fixée : Sol, attendu en 2027, doit fonctionner environ deux fois plus vite qu'Helios, selon PostQuantum.com. Apollo, en 2029, sera selon Quantinuum son premier ordinateur quantique universel tolérant aux fautes. Il faudra surtout vérifier si la division des erreurs par 12 tient sur des machines bien plus grandes.
Méthode : veille assistée par intelligence artificielle, sources vérifiées, article relu et validé par Frédéric LENQUETTE. Notre charte éditoriale.
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