Après le PCF, le même pirate diffuse des fichiers de porte-à-porte attribués à Renaissance et LFI
Publiés le 24 octobre, ces fichiers listent des millions d'adresses de porte-à-porte et des centaines de militants nommés, sans confirmation des partis. Ce qu'ils contiennent vraiment, et qui doit se méfier.

Le samedi 24 octobre, quelques heures après avoir mis en vente une base attribuée au Parti communiste français, un pirate se présentant sous le pseudonyme ChimeraZ dépose sur un forum de cybercriminels deux nouveaux lots de fichiers. Ils seraient issus des sites de Renaissance, le parti présidentiel, et de La France insoumise (LFI). Ces deux lots-là sont diffusés gratuitement.
Aucun des deux partis n'a confirmé d'intrusion à ce stade. Le PCF, lui, a confirmé la fuite de son fichier d'adhérents après une alerte de l'État (voir notre article). Plusieurs sites spécialisés ont analysé les nouveaux fichiers : leur contenu est moins spectaculaire que les chiffres annoncés, mais plus sensible qu'il n'y paraît.
Chez LFI, la trace de 158 000 portes frappées
Le pirate revendique 1 270 096 lignes pour LFI, soit 544 Mo. Selon l'analyse de Cyberattaque.org, il s'agit surtout des outils de porte-à-porte du mouvement. Le fichier principal recense environ 1,1 million d'adresses rattachées à une campagne, au format de la Base adresse nationale, qui est publique. Aucun habitant n'y est nommé.
Un autre fichier est plus révélateur. Il retrace 12 959 passages de militants : 158 040 portes frappées, 54 838 ouvertes, avec la date et le nom ou le pseudonyme d'environ 200 militants. Les campagnes concernent les municipales de 2026 et la présidentielle de 2027, et les relevés les plus récents datent de cette semaine. Un dernier fichier liste 11 430 événements de groupes locaux, avec environ 5 000 numéros de téléphone et 911 adresses e-mail d'organisateurs, dont une partie semble déjà publique.
Selon Fuites Infos, Manuel Bompard a affirmé sur X, au nom du mouvement, qu'une vérification interne n'avait révélé la fuite d'aucune donnée personnelle de membres au-delà de données déjà publiques, et a évoqué une « aspiration de données publiques ». Le site conteste cette lecture : à ses yeux, les relevés de campagne ne sont pas publics. En mai déjà, une base de la plateforme militante Action populaire avait circulé.
Chez Renaissance, 4 millions d'adresses et 1 280 militants nommés
Le lot attribué à Renaissance compte environ 4,16 millions de lignes. Fuites Infos y a trouvé 4 145 491 adresses de métropole, réparties dans 18 761 communes, chacune avec le nombre d'électeurs qui y vivent. Le total de 9,6 millions avancé par le pirate additionne ces décomptes : ce n'est pas un nombre d'électeurs. Mais plus de 1,4 million d'adresses ne comptent qu'un seul électeur, ce qui permet de les rattacher à un foyer.
S'y ajoutent 10 365 événements militants créés entre janvier 2022 et le 23 octobre 2026, dont environ 3 500 non publics, avec le lieu et le nom de l'organisateur. Environ 1 280 militants sont nommés, certains avec leur fonction dans le parti. Le pirate parlait de « 1 547 employés » : il s'agit en réalité de militants, corrige Fuites Infos. Le fichier ne contient ni adresse e-mail, ni numéro de téléphone, ni mot de passe. Renaissance n'a ni confirmé ni démenti.
Un même outil derrière les deux fuites ?
Le site ZATAZ relève que les fichiers de Renaissance et de LFI portent des noms presque identiques. Cela ne prouve ni un prestataire commun ni une même porte d'entrée, prévient-il. On ignore aussi quel service a été compromis et si l'accès est désormais fermé.
L'enjeu dépasse le nombre de lignes. Appartenir à un parti, ou y militer, révèle une opinion politique, que le RGPD classe parmi les données sensibles. Si l'origine des fichiers se confirme, chaque parti devra notifier la CNIL.
Les bons réflexes
Les militants et les organisateurs d'événements cités sont les plus exposés. Un message qui reprend leur campagne, leur secteur ou une date de porte-à-porte peut paraître très crédible : méfiez-vous des demandes de paiement, d'identifiants ou de rendez-vous inattendus, même s'ils semblent venir du parti. Les habitants dont l'adresse figure dans ces fichiers ne sont pas nommés, mais un message qui évoque une visite de militants à leur porte ne doit pas suffire à leur inspirer confiance.
Après le site des Républicains à la mi-octobre (lire notre article), c'est la quatrième formation politique visée en quelques semaines, à six mois de la présidentielle. Reste à savoir si les partis confirmeront.
Méthode : veille assistée par intelligence artificielle, sources vérifiées, article relu et validé par Frédéric LENQUETTE. Notre charte éditoriale.
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