Noyau Linux : la faille Vghost, attribuée à une IA de Tencent, permet de devenir root
Tencent a détaillé le 12 octobre Vghost (CVE-2026-74580), une faille du module vhost de Linux qui donne les droits root et peut, dans certaines configurations, viser l'hôte des machines virtuelles.

Le 12 octobre, le laboratoire Zhuque de Tencent a publié son analyse de Vghost, une faille du noyau Linux référencée CVE-2026-74580. Elle touche vhost, le module qui accélère les échanges entre les machines virtuelles et leur hôte (réseau, vsock). L'autorité CVE du noyau (kernel.org) lui attribue la note de 8,8 sur 10. Elle permet à un utilisateur local qui a accès aux périphériques vhost de prendre les droits root. Dans une configuration particulière, une machine virtuelle malveillante pourrait aussi s'en prendre au processus QEMU de l'hôte. Le correctif a été intégré au noyau le 3 août : reste à vérifier que vos serveurs l'ont bien reçu.
Deux scénarios d'attaque
Le défaut vient d'un cache de traductions d'adresses qui n'est pas vidé quand on reconfigure l'anneau virtio, la file d'échange entre l'invité et l'hôte. Une traduction périmée peut alors servir sans aucun contrôle de bornes. Selon Tencent, l'attaquant peut ainsi lire et écrire n'importe où dans la mémoire du noyau. Les chercheurs ont démontré l'élévation de privilèges sur Ubuntu 26.04, RHEL 9.8, Amazon Linux 2023, Azure Linux 3.0 et Oracle Linux 10.2. Les démonstrations passent par /dev/vhost-vsock, mais la faille touche aussi /dev/vhost-net. Plusieurs distributions laissent ces fichiers ouverts à tous (droits 0666), alors qu'Ubuntu les réserve à root et au groupe kvm.
Le second scénario, l'évasion d'une machine virtuelle, exige une configuration précise : un IOMMU virtuel, l'option iommu_platform et le mode « device IOTLB ». Dans ce cas, selon Tencent, un invité peut écrire hors limites dans la mémoire du processus QEMU de l'hôte, au point de détourner son exécution ou de le faire planter.
Une découverte attribuée à l'IA
Tencent affirme que Corvus, son système d'IA, a trouvé la faille en deux heures environ. Son modèle Hunyuan Hy4-preview aurait ensuite servi à vérifier l'exploit et le correctif. Ces éléments viennent de l'entreprise elle-même et n'ont pas été évalués de façon indépendante. Le code fautif remonte à Linux 4.11, en 2017. Red Hat décrit la faille comme un accès mémoire hors limites qui pourrait entraîner une fuite d'informations, une corruption de données ou un déni de service. Nous n'avons trouvé, à ce stade, aucun signalement d'exploitation dans des attaques réelles.
Que faire ?
- Installer un noyau corrigé : versions stables 5.10.265, 5.15.216, 6.1.183, 6.6.152, 6.12.104, 6.18.45, 7.1.9 et 7.2, ou le correctif rétroporté par votre distribution. Amazon Linux et Oracle Linux ont publié leurs avis. Puis redémarrer : un noyau installé mais pas chargé ne protège pas.
- En attendant, retirer l'accès général aux fichiers
/dev/vhost-*et le réserver aux groupes de virtualisation de confiance. - Ne pas donner ces périphériques à des conteneurs non fiables, et traiter l'appartenance au groupe kvm comme un privilège.
- Si une machine n'a pas besoin de la virtualisation virtio accélérée, Red Hat propose d'empêcher le chargement du module :
echo "install vhost /bin/true" > /etc/modprobe.d/disable-vhost.conf. Attention : les performances des VM peuvent baisser, et certaines pourraient ne plus démarrer.
Méthode : veille assistée par intelligence artificielle, sources vérifiées, article relu et validé par Frédéric LENQUETTE.
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