Le patron de Mistral appelle l'Europe à construire ses propres modèles d'IA de pointe
Dans une tribune publiée par Le Monde le 15 octobre, Arthur Mensch juge « fondamentale » l'erreur de miser seulement sur les applications. Ses arguments, ses chiffres et ce qu'en disent ses critiques.

« Produire ou subir : le choix nous appartient pour l'instant. » C'est la dernière phrase de la tribune qu'Arthur Mensch, cofondateur et dirigeant de Mistral AI, a publiée le 15 octobre dans Le Monde, puis en anglais sur LinkedIn. Le patron de la principale entreprise européenne d'IA générative y attaque une idée qui, selon lui, gagne du terrain en Europe : laisser les modèles les plus avancés, dits « de frontière », aux États-Unis et à la Chine.
Le raisonnement qu'il conteste tient en deux temps. Un modèle de pointe coûte des centaines de millions d'euros par génération, bientôt des milliards. Mieux vaudrait donc refaire le coup d'Internet : créer de la valeur dans les applications, les données industrielles et le savoir-faire des PME, en s'appuyant sur des modèles ouverts publiés par d'autres. Pour Arthur Mensch, c'est une « erreur fondamentale ».
Pourquoi Internet n'est pas le bon modèle, selon lui
Son premier argument : Internet reposait sur des protocoles ouverts qui n'appartenaient à personne. Un modèle d'IA fermé, lui, a un propriétaire. Et celui qui contrôle le modèle fixe les conditions : le prix, les usages permis, le retrait d'une version. Selon la tribune, les entreprises européennes versent déjà plus de 260 milliards d'euros par an aux fournisseurs américains de cloud et de logiciels. Il ne précise pas comment ce chiffre est calculé.
Les modèles ouverts ne suffisent pas non plus, poursuit-il. On peut les télécharger, les héberger et les auditer, mais l'Europe ne choisirait ni le calendrier de sortie, ni les fonctions, ni la licence des versions suivantes si elle ne participe pas à leur développement. Pour la cyberdéfense et les infrastructures essentielles, un État doit pouvoir auditer, adapter et compter sur un accès durable.
L'exemple de juin
Pour illustrer ce risque de dépendance, Arthur Mensch évoque une décision prise en juin à Washington. Silicon.fr y voit la suspension temporaire, dans le monde entier, de l'accès aux modèles les plus avancés d'Anthropic, demandée par le gouvernement américain. « La décision n'a pas été prise en Europe, ni pour des raisons européennes », écrit-il.
La tribune contient aussi une annonce : Mistral prévoit de multiplier par six sa puissance de calcul au cours des douze prochains mois, et appelle à davantage de capitaux pour accélérer. Elle cite Black Forest Labs et ElevenLabs comme autres exemples européens. Le dernier modèle phare de l'entreprise, Mistral Large 4, a été présenté début octobre. Les capacités de calcul se construisent aussi chez d'autres acteurs français, comme Scaleway et son supercalculateur suédois.
Un plaidoyer qui sert aussi son auteur
Le texte est celui d'un acteur intéressé, qui lève des fonds et vend ses modèles. Silicon.fr rappelle que des ONG et des responsables européens reprochent à Mistral d'avoir contribué, avec Aleph Alpha et les gouvernements français et allemand, à alléger la première version de l'AI Act, le règlement européen sur l'IA. Mistral dit défendre la transparence sur les données d'entraînement, sans obligation de divulguer ses secrets d'affaires.
Arthur Mensch met enfin en garde contre le récit d'une Europe déjà dépassée : « il suffit que nous y croyions pour donner l'avantage à nos concurrents ». Les prochaines levées de fonds de Mistral, et la manière dont l'Union répartira ses budgets d'IA, diront si l'appel a porté.
Méthode : veille assistée par intelligence artificielle, sources vérifiées, article relu et validé par Frédéric LENQUETTE.
Partager cet article