L'IA Claude allège une étape de l'attaque quantique contre Bitcoin, sans battre le record
Selon Anthropic et le papier qui l'accompagne, le circuit conçu par Claude demande 17 fois moins de portes logiques que l'un de ses rivaux, mais davantage qu'un autre. Rien ne change pour votre migration post-quantique.

Cinquante-trois heures. C'est la durée d'une seule session pendant laquelle Claude Mythos 5, le modèle d'Anthropic, a proposé, testé et retouché un circuit quantique, sans intervention humaine entre les tours. Le 16 octobre, Anthropic a présenté le résultat sur son blog : un circuit d'addition de points sur une courbe elliptique qui demanderait 17 fois moins de portes qu'une conception publiée, au prix de 12 % de qubits en plus.
Pourquoi cela intéresse les spécialistes de la sécurité ? L'addition de points est l'opération de base de l'algorithme de Shor appliqué aux courbes elliptiques, celui qui permettrait à un ordinateur quantique assez puissant de retrouver une clé privée à partir de la clé publique. Le papier, déposé sur arXiv le 15 octobre par Andi Gu, Alek Kemeny et les physiciens Susanne Yelin et Mikhail Lukin, travaille sur la courbe y² = x³ + 7 sur un corps premier de 256 bits. C'est la définition de secp256k1, la courbe des signatures de Bitcoin.
Dix-sept fois moins de portes, mais par rapport à qui ?
Le tableau des résultats, en annexe du papier, nuance l'annonce. Il compare quatre circuits :
- celui de Schrottenloher : 1,9 million de portes Toffoli, 1 446 qubits ;
- celui de Luo et ses coauteurs, tel que reconstruit par les auteurs : 70 millions de portes, 838 qubits ;
- le premier circuit trouvé par Claude : 4 millions de portes, 935 qubits ;
- un second circuit trouvé par Claude : 21 millions de portes, 843 qubits.
Le facteur 17 se mesure donc face à la conception la plus économe en qubits, celle de Luo. Face à celle de Schrottenloher, le circuit de Claude utilise environ 35 % de qubits en moins, mais deux fois plus de portes, et son coût combiné (portes multipliées par qubits) est plus élevé. Ce n'est pas un record absolu : c'est un nouveau point d'équilibre entre deux ressources rares. Pour les sept autres problèmes étudiés, en chimie, en optimisation ou en simulation, le papier revendique en revanche moins de portes et moins de qubits à la fois.
Des circuits qui échouent parfois
Le papier signale aussi une limite : les circuits trouvés sont probabilistes. Pour le premier, la probabilité d'échec est estimée au plus à environ 1,6 sur 10 000 par addition de points, pour un budget fixé à 2 sur 10 000, et quatre tests sur 100 000 ont échoué. Il faut alors recommencer, ce qui coûte selon les auteurs moins de 0,6 % de temps supplémentaire. Rien n'a été exécuté sur une vraie machine quantique : ce sont des estimations de ressources, vérifiées par un évaluateur automatique et, pour une partie des raisonnements, par l'assistant de preuve Lean.
L'addition de points n'est qu'une brique. Le papier rappelle qu'un algorithme de référence l'appelle 28 fois. Et un ordinateur quantique tolérant aux erreurs suppose aussi la correction d'erreurs et le contrôle du matériel, qu'Anthropic reconnaît être des problèmes à part.
Ce que cela change pour vous
Pas grand-chose dans l'immédiat, mais le signal compte. Comme lors de l'enquête de Claude sur les courbes P-256, l'IA accélère la recherche autour de la cryptographie à courbes elliptiques. Les estimations de ressources quantiques baissent par à-coups, et chaque progrès sur le papier rapproche le jour où l'attaque deviendra réaliste. La réponse ne change pas : inventorier les usages de RSA et des courbes elliptiques, et suivre le calendrier de migration décrit dans notre point d'étape d'octobre.
Reste à voir ce qu'en diront les cryptographes indépendants, qui n'ont pas encore réagi publiquement.
Méthode : veille assistée par intelligence artificielle, sources vérifiées, article relu et validé par Frédéric LENQUETTE.
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